Cette vie qui passe
Naître C'est déchirer un cri De terreur ou d'amour Qui brûle la poitrine Pour se donner le jour Voir Un prisme de géant Le premier sein du monde Des regards et des dents Savoir qu’on est content Vivre Ni comment ni pourquoi Sur des jambes qui poussent Une tête en tous sens L'inconnu à ses trousses Être Un peu plus à chaque heure Explorer le courage Se déterrer un cœur À la force de l'âge Faire D'abord comme les grands Puis vouloir le contraire Se projeter rebelle Et faire comme son père Dans cette vie qui passe Plaire Au gérant de nos actes Aux démons tentateurs À la bonne conscience Au choix de son ardeur Rire Des plaisanteries grasses Des plaisanteries fines Rire après qu'on s'engueule Rire avant qu'on s'embrasse Fondre En larmes impudiques Oublier d'être un mur À la première mort À la sale rupture Fuir Devant trop d'importance Attachée à l'ouvrage D'une brève existence Ceinturée de péages Craindre La folie des grandeurs Le trop juste-milieu De ne pas vivre vieux De ne pas vivre jeune Dans cette vie qui passe Dans cette vie qui passe Croire Qu'on va mener sa barque Sur un étang limpide Et voir au fil de l'eau Qu'on descend des rapides Taire Ses affres et ses doutes Feindre Un sourire d'assurance Boire À la santé des nôtres Dire Autant qu'on peut le dire Qu'on a quand même de la chance Dans cette vie qui passe Dans cette vie qui passe Dans cette vie qui passe à Antonin


