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Kent en scène - Edition 2024

Kent en scène - Edition 2024

Panthéon, 2024

Enregistré les 14 et 15 Octobre 1994 à la Cigale à Paris, où je chantais trois soirs d'affilée, Kent en scène est le point culminant de quatre années de tournée intenses, jalonnées d'albums au succès grandissant. Sur les planches j'étais accompagné par des complices hors pair, une équipe soudée par des milliers de kilomètres et autant d'heures passées ensemble à jouer, jouer, jouer partout où l'on voulait de moi. Nous jonglions avec mon répertoire comme un barman à cocktails avec son shaker. Un public fidèle me suivait, à l'enthousiasme contagieux, pas mal de mes chansons passaient sur les radios et à la télé, il fallait immortaliser ce moment de grâce.

La réédition 2024 est l'occasion rêvée de mettre en lumière les titres écartés que j'avais autant de plaisir à chanter que les autres. Et de raviver la bande-son du plus populaire de mes albums.

L'album vinyle ne comporte que 3 inédits pour une question de coût. Il aurait fallu qu'il ait 6 faces pour contenir tous les titres du double CD.

Dans le livret de la version originale de Kent en Scène, je racontais une anecdote par chanson. L'édition 2024 de l'album étant dépourvue du moindre feuillet, je vous les livre par cette voie. 

K.


AU REVOIR, ADIEU 

Une musique de Jacques Bastello qui m'a inspiré des mots discrètement allusifs au virus assassin le plus cynique qu'on ait connu. Je ne voulais ni de la colère ni des larmes pour en parler mais dire que ses otages désirent vivre plus que tout. Cette chanson est dédiée à Cleews et à Didier. 


ON FAIT C'QU'ON PEUT 

Je venais de déménager à Paris. J'habitais dans un minuscule appartement sans toilettes ni salle de bain. Le matin il fallait pousser la vaisselle de l'évier pour faire ses ablutions. À la même époque un ami alignait des chiffres à longueur de journées dans des livres de comptes et courait en fac de philo aux cours du soir pour se nourrir l'esprit qu'il avait affamé. Je redécouvrais la bohème, il ne dormait pas beaucoup mais des femmes nous aimaient. 


UN PEU DE PRÉVERT 

Au départ c'est une chanson destinée à Enzo. La version originale était une ballade, j'en ai fait une valse pour la glisser dans mon répertoire. La référence à Prévert m'est venue en regardant les toits de Paris de ma fenêtre, un jour de pluie. C'était déjà du Prévert. 


JE SUIS UN KILOMETRE 

Un jour je me promenais dans les Carpathes en compagnie d'un petit Roumain qui voulait que je lui apprenne le français. Je lui ai donné des mots, lui ai montré comment faire des phrases: 

_ La forêt est verte, commença-t-il! 

_ Bien, répondis-je. 

_ La maison est... petite. 

_ Oui! très bien. Et encore? 

_ Je suis un garçon! 

_ Excellent! 

Etc... et puis soudain: 

_ Je suis un kilomètre! 

Extraordinaire. Le soir-même, à l'hôtel, j'écrivais la chanson. Les mots poussaient la musique et vice versa. Merci, petit Roumain. 


QUAND ON PENSE À JAVA 

Une petite bande de jeunes, copains et copines s'apprêtent à rentrer dans la vie active: "En tous cas, si on ne se fait pas au monde à la con qui nous attend, on part monter un restaurant français à Java." Les mêmes quelques années plus tard... Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés serait parfaitement fortuite voire emmerdante dans certains cas. 


PETIT RIEN DU TOUT 

Vieille chanson de Jacques Bastello. Son texte original s'intitulait déjà "Petit rien" mais j'entendais d'autres mots, le coup de cafard d'une femme, la tendresse d'un homme. Lors de mes trois derniers concerts parisiens j'ai voulu l'interpréter accompagnée par un pianiste. Ce soir-là c'est Peter Kingsbery qui s'est prêté au jeu. La veille ce fut Romain Didier et le lendemain Charlélie Couture. Big merci à vous trois! 


JE REVIENS 

Le texte existait déjà lorsqu'Arnaud Méthivier vint un jour chez moi avec son "pressoir à sanglots" pour me faire entendre quelques musiques de sa composition. Mon texte qu'il ignorait épousait à deux syllabes près une de ses mélodies. Ce qui, pour une chanson qui raconte une rupture, est plutôt cocasse. Ha, la musique ! 


ALLONS Z'À LA CAMPAGNE 

Arnaud - encore lui! - débarque tout excité à la maison avec son inséparable accordéon: "Écoute ça! je l'ai composé ce matin." Il me joue un air joyeux. Aussitôt des images fraîches et naïves de campagne me viennent à l'esprit. Je me pose une demi seconde la question du "est-ce bien raisonnable pour un auteur dit respectable?" et basta! Je dois reconnaître que la chanson est en décalage avec l'état d'esprit en vogue. Et alors? 


L'IDOLE EXEMPLAIRE 

L'envie et le besoin de raconter le pourquoi du comment j'en suis arrivé là. La poursuite irraisonnée d'une vie rêveuse semée d'embûches que la passion se doit d'ignorer. Faire le chanteur pour être une idole est un jeu grotesque. Par contre être un chanteur qui n'en fait qu'à sa tête reste une chance inouïe. 


JUSTE QUELQU'UN DE BIEN 

Je crois que je me destinais cette chanson mais quand Enzo Enzo l'a entendue et désirée, j'en fus ravi. Elle se l'est appropriée et a réalisé une véritable création d'interprète. Cette chanson est sienne désormais au point qu'elle m'a filé l'envie d'en faire une "reprise". Enzo était dans le coin lors du concert, alors... D'un point de vue strictement technique, cette version a ses faiblesses mais elle en charme plus d'un. Ne nous privons pas de donner du plaisir. 


J'AIME UN PAYS 

Un coup de gueule comme il m'arrive d'en avoir. Les coups de gueule de ce genre posent toujours des problèmes d'opportunité et de mauvaise vieillesse. La franchise exige parfois de passer outre ces considérations. De plus quand la musique est bonne... 


TOUS LES MOMES 

Je venais de trouver une mélodie et j'avais besoin de mots pour la fixer. J'ai pris une phrase de paroles abandonnées, destinées au départ à Hervé Paul. La suite des rimes fut un jeu d'enfant. Une chanson que je dédie à ce futur qui braille et qui fait dans ses couches et qu'on espère meilleur que nous. 


DEVANT LE NÉANT 

J'étais perdu dans les montagnes suisses. Il faisait soleil et silence. Je marchais dans une forêt sans retrouver ma route mais j'étais bien. Tout-à-coup m'est apparu un ruban d'asphalte entre les branches des sapins et la chanson est survenue. 


À NOS AMOURS 

Une folle envie d'écrire quelque chose de simple et convivial, un air à lever son verre et se prendre par le bras pour bouter nos emmerdes et refiler des vitamines à des espoirs souffreteux. 


QUEL EST TON NOM ? 

Composé au piano en posant les doigts au hasard des touches - je ne sais pas en jouer. Les harmonies de ce morceau ont toujours épaté les pianistes, comme quoi! Les paroles sont un hommage au "singe en hiver" de Blondin et de Verneuil. C'est le premier texte aussi dont l'écriture m'a échappé. Les mots s'alignaient sans que j'en ai la responsabilité. Claire Nebout est la marraine de la chanson, elle se devait d'en baptiser la version cigalesque. 


D'UN AUTRE OCCIDENT 

Au retour d'un voyage en Indonésie, dans l'avion, la tête collée au hublot et l'âme vagabonde. J'allais retrouver la trépidation de mes activités musicales après plusieurs semaines passées sous d'autres tropiques au tempo de la langueur javanaise. Je me demandais s'il était raisonnable de rentrer en imaginant une ligne de fuite. 


RESTE ENCORE 

Une chanson d'amour comme il y en a tant eu et comme il y en aura toujours. Ma première collaboration avec Jacques Bastello. Je ne sais plus qui le premier a apporté le texte ou la musique. « Reste encore » ouvrait la voie à une longue et fructueuse complicité doublée d'une belle amitié. 


DANS LES NUAGES 

J'avais gardé en tête cette remarque d'un instituteur, lors d'une leçon de géographie: si l'on observait bien un bateau voguer vers le large, on pouvait le voir basculer derrière l'horizon. Une preuve que la Terre était bien ronde. C'était tout autant merveilleux que la terre plate avec son bout du monde en chute libre dans le vide. Mélangez les deux, rajoutez une bonne dose de mélancolie et regardez apparaitre une chanson à l'horizon. 


MONTÉE BONAFOUS 

Comme pour « Je reviens » écrite aussi avec Arnaud Méthivier, cette chanson est la juxtaposition pile-poil d'un texte et d'une musique qui ne se connaissaient pas. Le hasard est un bon entremetteur. Pour le reste, la chanson est suffisamment explicite, pas besoin d'épiloguer. 


RÉSURRECTION 

Après Starshooter, j'ai connu quelques années d'errance musicale qui m'ont bien miné. Je me cherchais, on m'oubliait, un mur d'incompréhension s'érigeait entre mes aspirations et le monde musical que je fréquentais. J'ai quitté Lyon pour Paris, histoire de changer la donne. J'ai connu un nouveau départ, je me suis senti revivre. Tout pouvait m'arriver. 


LA TERRE TOURNE 

Parmi mes nouvelles amitiés à Paris, il y avait Hervé Paul que j'avais connu à Lyon avec son groupe Flooflash. Je lui ai écrit des textes pour ses nouvelles compositions d'artiste solo. Ses musiques me plaisaient, il est arrivé que je lui en vole pour mes propres disques. C'est le cas de celle-ci. 

Si vous m'entendez chanter « une guitare qui explose », c'est parce que ma sangle s'était détachée soudainement durant la chanson. 


LES ANNÉES PIRES 

Dire qu'à l'époque, le propos de cette chanson semblait un mauvais rêve. 


MIEUX À FAIRE 

J'ai toujours eu un attrait pour les chansons-fleuves. Elles nous sortent des sentiers battus. Quand je sens qu'un texte s'y prête, je me laisse volontiers déborder par les mots. Il arrive aussi que deux textes se marient au point de n'en faire qu'un. Ce fut le cas cette fois-là. Sur un sujet qui me turlupine toujours et encore: l'inconséquence humaine. 

Tracklist

Crédits

Enregistré à La Cigale, les 14 et 15 octobre 1994

Les Hommes de Derrière :
Jacques Bastello : voix, guitares, yukulele, Luis Mariano
Arnaud Méthivier : voix, accordéon, bandonéon, flûte à bec, Salvatore Adamo
Jean-Marie Gerintes : voix, batterie, percussions, bruits divers, vibraphone, Claude Nougaro
Pierre Mortarell i: voix, contrebasse, mélodica, Bobby Solo

Prise de son: Henri Adnot & Laurent Lozahic

Enregistrement: Le Voyageur à la Cigale (Paris)
Mixage: Erwin Autrique aux studios ICP (Bruxelles)

Photo : Sylvie Donikian
Conception graphique : Julie Lecoeur

Merci à Julien Doyen, Vince, Fonfon, Pif, Christian Lacrampe, Pascal Jourdan, Programe et Azimuth

Supervision de la réédition : Julien Heissler
Mastering des inédits : Jérémy Bénarroch

"La fourmi ayant bossé tout l'été et tous les autres étés
Sans se soucier de la cigale qui n'avait rien à croûter
Se trouva fort dépourvue quand la récession fut venue
Adieux veaux d'or, vaches grasses, cochons chromés
Adieu vertus côtées en bourse
Adieu la peau de l'ours
La fourmilière a mis la clé sous la porte
Le dur labeur est devenu une langue morte
La liberté, de l'argot oublié
Un langage fleuri dont ne perdurent"