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17/01/2003

Il y avait le soleil, la nature exubérante, un lagon plein de poissons multicolores, des enfants heureux, des amis itou et moi qui broyais du noir. Mon cafard était si déplacé que je me devais d’en rire. L’humour illumine, l’humour sauve de tout. J’en étais convaincu en descendant cette route bordée d’hortensias sauvages qui menait à l’Océan Indien. Je venais de signer des deux mains mon pacte avec le rire lorsque le portable a sonné pour annoncer brutalement la mort d’un proche. Alors ? Le rire ?
Cela fait maintenant quinze jours que c’est arrivé et je relis les clauses de mon contrat pour le rire. Je suis furieux car mon humour n’est pas revenu. Pourtant c’est bien écrit noir sur blanc : " ...patati patata, le contractant a le pouvoir de rire de tout, même en cas de malheur. " Mais, plus loin, dans l’alinéa 2B, il est stipulé que le délai de livraison de la bonne humeur est à la charge de la bonne volonté du client. Or je n’ai pas signé de Contrat de Bonne Volonté Obligatoire afin de préserver ma liberté de réflexion. Quand on met de la bonne volonté pour tout, on ne prend plus le temps de penser. Je l’ai dans le dos. Je me console quand même en constatant que je suis triste mais que je reste libre. J’essaie des recettes de consolation, je suis les conseils de mon Contrat pour le Rire. Par exemple, des chanteurs qui font de la propagande pour un porte-avion nucléaire, ça pourrait me mettre hors de moi, je trouve ça risible. Les accidents de la route qui font soudain la une de l’actualité quand le gouvernement s’attaque à la sécurité routière, je trouve ça drôle et magique. Johnny Hallyday qui réclame des subventions aux villes pour être une star des stades, je peux m’en amuser.Mais je ne retrouve pas pour autant le goût sucré des bons moments car il s’agit là de dérision et non de bonne humeur.
Ha, si ! J’écoute chez moi le dernier disque d’Enrico Macias pour qui j’ai écrit une chanson. Tout le disque me fait du bien, une pommade pour l’âme. Je connais tellement bien les chansons maintenant que j’ai l’accent d’Enrico. Ce n’est pas un disque comique, mais il y a du bonheur, là-dedans. Du bonheur lucide, serein, celui qui gagne après les coups durs. Celui que je traque depuis deux semaines et qui se planque je ne sais trop où.
Pour mon spectacle à l’Européen, je vais assurer ma première partie en reprenant du Brel qui savait être drôle malgré son désespoir. Je chante à tue-tête ses chansons pour me les approprier. Ça fait partie de ma thérapie anti-cafard.

Peste ! C’est vrai que c’est le moment de souhaiter la bonne année. Voilà ce que c’est que de ne pas avoir de Contrat de Bonne Volonté. Pour ce genre de tradition, il ne faut surtout pas réfléchir, comme quand on plonge dans une rivière fraîche. Se lancer est pénible, mais après ça fait du bien.
Alors... BONNE ANNÉE 2003 !


26/01/2003

Dernière minute !
Je ne fais plus les chansons de Brel à l'Européen pour des raisons de limite de durée du spectacle. Malgré l'amour que je porte à son répertoire, je préfère privilégier le mien. Je ne pense pas que le grand Jacques m'en tienne rigueur, il se débrouille très bien sans moi.
Début du concert à 20h30.