Nouba
1996
Ça faisait un certain temps que Barclay me suggérait de travailler avec un producteur anglo-saxon.
Je n'en voyais pas l'utilité tant que je défrichais le terrain de la Chanson Française. Mais j'arrivais à un stade maintenant où il était nécessaire de le faire. Quand on maîtrise trop un sujet, on a du mal à le chahuter, le bousculer, par respect, par tradition, par manque de recul. Or toute nouveauté nait d'une approche iconoclaste des choses.
Toute la World Music d'aujourd'hui est le fruit d'une collision du passé et du présent. Il me fallait un clash ! Il se trouve qu'à ce moment-là, tous les disques de rock qui me plaisaient, portaient la signature de Mitchell Froom et de Tchad Blake. Je décidai de les contacter en leur envoyant mes derniers disques ainsi que des nouvelles chansons. Ils ont tout de suite été enthousiasmés. Ce sont des personnes curieuses des autres -Tchad travaille beaucoup avec Realworld, le label de World Music de Peter Gabriel. Pour eux c'était terriblement exotique de produire de la Chanson Française. C'est exactement ce que je désirais.
Entretemps j'étais allé faire des concerts au Cap Vert et j'ai été fort influencé par les rythmes chaloupés que j'ai pu y entendre. Ajouté à cela que je vivais alors près de Belleville, dans un quartier cosmopolite, où mes voisins étaient africains, espagnols, turcs... et vous obtiendrez le fameux mélange qui a donné sa couleur à l'album.
Rachid Taha est venu traduire et réciter un couplet de "La Haine est là". Suzanne Vega chante avec moi "Ainsi va l'Amour". Le morceau "Nouba" fait partie d'une suite d'improvisations que j'avais faites en studio avec Arnaud Méthivier, accordéoniste, et Jean-Marie Gerintes, percussionniste. D'autres extraits de cette suite se trouvent sur un EP à tirage limité ainsi qu'une face B du single "60 millions de Poulidor".
La chanson "Dis-Moi, est-ce que tu m'aimeras ?" qui apparait en live sur l'album, existe aussi en version studio sur un single radio produit par Jacques Bastello et moi-même. J'ai une vraie tendresse pour "À quoi rêvons-nous ?" que j'ai écrite dans un train entre Paris et Annecy.
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